Maître George – Fondateur, Président d’Honneur

Maître George, fondateur de la Communauté du Triskel, Président d’honneur. 

Actif et organisateur de soirées dans notre petit monde depuis 1969

Fondateur de l’association La Communauté du Triskel et du site Anneaudejustine.com en 2010

Président de l’association et Responsable de la région Grand Ouest jusqu’en 2017

Actuellement président d’honneur de l’association.

1 – Comment avez-vous su que vous étiez un dominant ? Quand et comment avez-vous fait vos premiers pas dans ce monde du BDSM ?

J’étais un enfant actif et dynamique, plutôt leader dans un groupe, pas trop timide… Et j’ai vite eu des comportements un peu atypiques… A dix ans, je ligotais de temps en temps mon petit frère de six ans sur son lit… A l’adolescence, je faisais souvent à mes petites amies des propositions originales et osées, qui étaient généralement acceptées. Mais j’observais aussi leurs regards sur moi, dubitatifs et un peu inquiets… Mais il m’a fallu attendre des années pour mettre un nom sur mon attitude, en fait jusqu’au jour ou le hasard a mis sur mon chemin une jeune femme qui faisait partie du petit monde du BDSM, alors très secret !

C’est donc cette jeune femme, Isabella, qui m’a nommé « Maître », et qui m’a présenté à ses amis du milieu très fermé de l’époque (1969)

2 – Au fil de vos expériences, comment avez-vous évolué en tant que Maître ?

C’est un peu difficile de décrire une évolution sur une si longue période, surtout qu’elle n’a pas été linéaire… Chaque nouvelle rencontre provoque chez moi nécessairement une évolution de mon comportement de Maître. Globalement la seule constante de mes évolutions est peut être que j’ai de moins en moins de certitudes et que je me détache toujours davantage des injonctions de perfections techniques pour me concentrer sur l’intimité de la relation.

3 – Selon vous en quoi consiste le rôle du Maître ?

Pour moi, le Maître est une personne capable de mesurer l’importance du don d’elle-même d’une soumise, et de lui permettre de l’exprimer pleinement. Il ne se contente pas de contempler ce don incroyable : il doit le solliciter, l’encourager, le mettre à l’épreuve, l’explorer, le sublimer, et surtout en jouir.

4- Quelles sont les qualités indispensables pour être un bon Maître ?

L’écoute, la bienveillance, la patience, la constance.

5 – Être un Maître, ça n’est pas… ?

Vouloir déconstruire la personnalité de sa soumise et vouloir l’isoler du monde.

Vouloir imposer sa vision du monde à sa soumise, ni la considérer comme inférieure…

Se prendre pour Dieu le père

Etre Maître n’est jamais une question de technique quelle qu’elle soit.

5 – Quels sont les conseils que vous donneriez à un homme qui se sent attiré par la domination ? Y-a-t-il des précautions à prendre ? Des pièges à éviter ?

Tout d’abord, je m’assurerais que son attrait pour la domination n’est pas une erreur de compréhension. L’idée d’être attiré par la domination de façon générale me parait assez suspecte en soi. (Adolph Hitler devait être attiré par la domination !!!)

S’il est attiré par la domination d’une personne en particulier, c’est déjà plus sympathique.

Il y a en effet beaucoup de précautions à prendre : La première étant de prendre conscience de l’étendue des conséquences de la mise en œuvre de ce type de relation. Si elle est harmonieusement partagée, nous seulement elle occupera toute la place, mais elle changera profondément et durablement tous les aspects de la vie des deux partenaires…

Les pièges à éviter sont nombreux et très variés : les plus communs : celui de considérer la soumission comme acquise une fois pour toutes, et de s’endormir sur ses lauriers… et celui de consacrer trop de temps à améliorer des points techniques au détriment de la relation elle-même…

De plus le droit à l’erreur du Maître est assez limité ! Nos erreurs ne seront pardonnées que si elles sont exceptionnelles, et si elles sont commises de bonne foi !…

6 – Comment se passe une relation Maître/soumise ?

C’est avant tout une relation de confiance extrême !

Je ne parlerai pas ici des jeux libertins qui empruntent nos accessoires et parfois certains de nos codes et qui peuvent être bien agréables mais qui sont par définition une récréation, presque une mascarade. Il ne s’agit pas là d’une relation véritable.

La relation Maître/soumise n’est jamais anecdotique. Dès son début, elle va bouleverser profondément les deux protagonistes.

C’est sans doute la relation la plus complexe et la plus puissante qu’on puisse concevoir entre deux êtres humains ! C’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous qualifions de « vanille » toutes les autres relations.

Quand on regarde le cliché de la soumise à genoux au pied de son Maître, on est loin, bien loin de s’imaginer que cette relation est parfaitement équilibrée, et pourtant… Le don de soi de la soumise est évident, mais le Maître gère cette relation, et c’est un travail, certes discret, mais extrêmement prenant, tant au niveau de l’imagination qu’au niveau du temps passé… En fait ça représente un don de soi équivalent à celui de la soumise… Le Maître semble avoir tous les pouvoirs sur sa soumise et être le Maître de la relation, mais c’est en fait la soumise qui dispose de l’arme absolue : Si le Maître commet trop d’erreurs, s’il manque de sincérité, s’il n’est pas assez présent, la soumise peut simplement retirer sa soumission, et d’un seul coup, le Maître n’existe plus…

L’admiration et le respect sont égaux et réciproques entre le Maître et la soumise…

Une autre des caractéristiques de cette relation est qu’elle est la seule à pouvoir générer le « subspace », sans entrer dans les détails, c’est un état que peuvent parfois atteindre les soumises lors d’un rapport D/s particulièrement satisfaisant. C’est une sorte d’orgasme, plus puissant que l’orgasme sexuel, qui crée une sorte d’addiction comparable à celle de certaines drogues…

7 – On lit beaucoup de témoignage de soumises, très peu de Maîtres… Selon vous pourquoi ? À quoi ressemble une séance de domination du point de vue du Maître ?

Le rôle du Maître c’est de magnifier et de célébrer le don de la soumise. Il est l’auteur et le metteur en scène, elle est sa star ! : C’est donc elle qui sera dans la lumière, et le Maître dans l’ombre…

Même si le Maître a conçu sa séance sans oublier son propre plaisir, sa priorité est toujours sa précieuse relation avec sa soumise. A chaque fois il doit la remettre en jeu ! A chaque fois, il doit prendre des risques. Il sait ce qu’il fait, mais il doute… Il prendra du plaisir, bien sûr, mais nous somme loin du subspace !

C’est après la séance, lorsqu’elle s’est bien passée, que le Maître recevra sa récompense, et pas la moindre ! C’est une sensation extraordinaire, une sorte de plénitude, un moment de grand bonheur. La certitude d’avoir donné de grandes sensations et d’avoir encore renforcé cette relation déjà tellement forte. On ressent qu’on a réussi quelque chose d’important…

8 – Vous êtes le fondateur de l’association La Communauté du Triskel (site : Anneau de Justine.com) depuis 2010. Pouvez-vous décrire quelles sont ses missions et dans quel but l’avez-vous créée ?

La communauté du Triskel est une association loi de 1901 (pas de but commercial) qui a pour objectif de mettre en relation et de faciliter la vie aux passionnés de relations D/S.

Cette définition nous impose de définir PRECISEMENT ce que nous entendons par relation D/S.

Pour nous, il s’agit d’une relation entre deux personnes sincères, l’une fait le don de sa personne à l’autre sans restriction et l’autre accepte ce don exceptionnel en en appréciant toute l’étendue. Pour leur plus grand plaisir mutuel, il honore ce don en l’utilisant concrètement et en vérifiant ses limites.

C’est cette relation essentielle et incontournable qui est à l’origine de nombreuses pratiques. Aucune de ces pratiques ne peut se substituer à cette relation centrale, et pour nous, elles n’ont que peu de sens hors du contexte de la relation.

Nous croyons fermement que les gens qui connaissent dans leur intimité les extraordinaires émotions générés par ces relations, se reconnaissent entre eux et ont plaisir à échanger et à se connaître mieux. Ils forment une véritable communauté.

Notre association lutte d’une part contre toutes les idées fausses (machisme, apologie de la violence, rapport à la prostitution, relations sexuelles multiples, etc…) qui circulent depuis de nombreuses années, et qui continuent de polluer notre communauté et lutte avec la même détermination contre les amalgames (pseudo « fétichisme », kinksters, etc…), utilisés parfois involontairement par ignorance, parfois volontairement à des fins commerciales et qui risquent de semer la confusion dans notre communauté.

La Communauté du Triskel souhaite aussi redéfinir nos relations : En effet, il est courant d’entendre dire que chaque couple a son propre BDSM. C’est un peu vrai, mais c’est aussi un peu court, et un peu dangereux : C’est un peu court, parce que nous avons un plus petit dénominateur commun qui est le socle de notre communauté, mais il n’a pas encore été défini correctement, faute de structure représentative pour le faire. C’est un peu dangereux aussi parce que on peut constater que des abuseurs notoires, qui finissent parfois devant les tribunaux, utilisent cet argument pour se défendre, même si nous savons tous faire la différence !!!

Nous devons également nous pencher sur les mots qui nous définissent, dont aucun d’entre eux n’a été défini par une structure représentative, mais bien plutôt par des personnes extérieures à nos relations. Pour ma part, je pense qu’aucun de ces noms n’est convenable…

Enfin La communauté du Triskel souhaite qu’un jour la respectabilité, et même la grandeur de nos relations soit reconnue publiquement.

Dans le but d’assurer la pérennité de l’Association, nous l’avons constituée en une fédération de grandes régions autonomes et indépendantes regroupées autour des valeurs que nous défendons. Chaque région est dirigée par un responsable de région qui organise à sa façon et suivant ses disponibilités divers évènements : Réunions d’information publiques, Stages de formation ou de perfectionnement aux diverses pratiques, Soirées conviviales.

Les informations concernant ces évènements sont diffusés le plus largement possible, mais sont systématiquement annoncées sur le site de notre association.